Improvisations dansées et littéraires

Le défi était tentant, l’expérience à bout de doigts, la consigne amusante : en 1 h, écrire 2 textes sur 2 émotions différentes ; en faire lecture pendant qu’un.e danseur.se improvise en silence ou accompagné.e de l’instrument de son choix.

Installée face aux bassins à flots de Bordeaux, par cette belle aprés-midi d’octobre, je me suis donc prêtée au jeu –avec 3 autres auteures dont Nadia Bourgeois que je remercie – en remuant, dans l’urgence du moment, mots et sensations.iboat danseurs

Les performances des danseur.se.s étaient magnifiques, le plaisir intense. L’un d’eux s’est particulièrement fait remarqué. Il a notamment dansé sur mon deuxième texte.
Cette vidéo vous montrera une belle palette du talent de Jerson Diasonama  

SPECTO from Quentin Pellier on Vimeo.


« Poussière de haine »
« Pétri, hachuré, cassé. Je voudrais que son corps se perde, s’étale dans l’ombre de ma haine. Qu’il essaye de surgir du néant sans y parvenir et d’un regard, disparaisse.
Que dans un cri sourd, il s’enfonce dans le brûlot de mon âme éclatée, qu’il suffoque.
Devenu noir, le voir se hisser, dans une énergie sublime ; apercevoir sa force, le laisser y croire ; et le voir tomber, s’écraser à la lumière de ma rage.
Pétri, hachuré, cassé. A terre.
Je voudrais l’entendre gémir, hurler. Immobile. Soumis aux vagues sauvages de mon âme en colère, le voir se nouer, se dénouer, ramper et rouler.
L’observer essayer encore, tenter de surgir de ce néant.
Jouir de sa souffrance et crier avec lui, sur lui.
Le laisser s’endormir et l’observer sombrer.
Apathique.
Rassasiée, attendre, espérer qu’il devienne poussière et le voir s’envoler, loin.  Souffler, attendre encore et poser ma haine, là, à côté. La caresser et la voir se dissoudre dans la chaleur des flots en mouvement, au creux de ses tripes.
Jouir encore.
Puis, se faire surprendre, le voir revivre et se hisser au-delà de ses oripeaux dissous. Le deviner, le voir jaillir d’outre- tombe, doigts après doigts, bras après bras, oreille après oreille, œil après œil, narine après narine.
Sur le sol devenu sale, sentir les vibrations de ses pieds, de son dos, de ses épaules. Accompagner du regard la cambrure de ses reins, imaginer les voir se rompre et dans un regret, le regarder debout. Fier, lumineux, rapide, agile, vivant.
Percevoir le bruissement de l’air, haché, cassé, pétri par les mouvements avides d’un corps qui parle, d’un corps qui crie et qui chante.
Constater, affaibli que la colère a changé de camp et
se taire devant ce corps en vie que l’on n’a pas su éteindre. »
________________________________________

« Caresse de lumière »
« Le silence ne dit rien. Même l’esprit de la terre reste muet face à
ces corps fatigués d’une nuit sans sommeil.
Seule la lumière de ce début de journée semble vouloir quelque chose.
Elle cherche une résonnance, un écho sur les pores de leurs peaux endormies.
Presque sans vie.
La chaleur naissante se fait d’abord caresse, souffle léger au creux d’une oreille apaisée.
L’homme se dérobe comme pour détourner son regard d’un éclat en devenir.
Sa tête heurte la sienne, lovée sur l’herbe fraiche.
Il frissonne dans un soupir, léger, sensible.
Au ralenti, au sortir de son songe, presque immobile.
La lumière insiste, appelant à la rescousse vents et marées, ciels et terre.
Elle redouble de puissance. De sa palette primaire, elle étale ses harmonies dans une force libératrice. Jaune, rouge, vert, bleu, violet, l’éclat déploie son énergie pour illuminer leurs corps ensevelis dans les prémisses de l’automne.
Son ramage de couleurs est son premier cri. Il les réveille.
Portés par cette énergie soudaine, leurs esprits s’échauffent, et
tout en eux se mue en mouvements langoureux.
Le prisme lumineux, comme venu de nulle part, allume, grain après grain,
souffle après souffle, chaque parcelle de leurs corps surpris.
Revenus à la vie, ils s’animent, virtuoses. Leurs couleurs fait écho aux siennes.
Surprise et heureuse, elle sent sa force décupler à mesure que la leur devient extase. Lumière, elle devient astre, solaire. Unique et solitaire, elle ne l’est plus.
Courir, sauter, plier, déplier, jeter, lancer, partir, revenir.
Tout en eux fait vie comme une résonnance au silence de la terre,
à l’éclat de la lumière.
Elle se joint à eux et dans un tourbillon effréné, mêle sa surprise à la leur. »

 

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