Qu’est-ce qui nous définit ?

A l’heure où le travail fait office de totem, se présenter dans un aéropage de bon aloi par son activité professionnelle est un usage régulier, considéré des plus banals. Cela permet sans doute de se situer, ou plutôt d’être repéré.e sur une échelle horizontale ou verticale définissant sa catégorie socio-professionnelle, son champ d’intervention, son niveau d’études, son réseau potentiel. Une sorte de pièce à placer sur un échiquier virtuel ou un plateau de jeux à plusieurs entrées où chacun, chacune peut s’imaginer sur une case.

Pourtant, peut-on s’en satisfaire ?

Moi qui balance entre deux zones professionnelles, sur une sorte de passerelle mouvante entre deux quais, que puis-je répondre à cette question lancinante et répétitive ?
“Et vous ? Vous faites quoi dans la vie ?”

A cet instant précis, alors même que je la sens pointer, mon esprit s’emballe, mes mains se nouent, mes yeux cherchent un objet auquel se raccrocher. Quelques secondes longues comme une mer sans rivage s’écoulent. Je souris et rêve d’une réponse spontanée, naturelle, originale ou humoristique. Rien n’y fait. Le temps s’étire et le flou qui surgit en moi pèse des tonnes.
A mesure que je répète l’injonction qui m’est faite : “ Que fais-je donc dans la vie ?”, les scénarii jaillissent comme un bouquet des possibles qu’il faut que je choisisse, vite.

Du factuel “je suis en reconversion professionnelle” au “j’écris” encore flou, en passant par “je persévère dans mon être” qui se veut une note d’humour souvent vécue comme une fin de non-recevoir ; finalement, que répondre  ?

Alors j’imagine une liste que je tais :

Dans la vie, je suis de passage, je vogue d’émotions en émotions, je vais à la rencontre des autres et de moi-même comme on déguste la palette des saveurs de plats inconnus. Au salé, je préfère le sucré, à l’amer, l’acide.

En chaque saison, je récolte les fruits des années qui se succèdent, de feux de cheminée, en terres blanchies, de ragout de veau en soupe de potimarrons, de salades de tomates en planchas fumeuses, de coups de soleil en baignade sauvage, de ciels orangés en nuits qui n’arrivent jamais, de fleurs qui jaillissent en feuilles qui roussissent, de retrouvailles en retrouvailles, de mer animée en balades urbaines, de salles obscures en expositions créatives, de verres de vins en subtiles mets, de déplacements en découvertes.

A chaque rencontre, je cherche l’autre, protégé derrière son masque, je fuis la mesquinerie et la malhonnêteté intellectuelle, je chéris la légèreté et la profondeur, j’admire les audacieux, les audacieuses et les rêveurs.seuses, les mélancoliques et les enthousiastes.

Aux objets, j’associe des souvenirs, aux idées je donne toute la place, aux mots j’attribue des pouvoirs magiques, au silence je préfère l’échange, aux coups, je préfère les caresses.

Et vous, vous faites quoi dans la vie ?

 

 

 

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10 commentaires

  1. Bon jour,
    Pour ma part, je me représente comme une erreur dans un programme humain. Je suis là mais je pourrais être ailleurs, qu’importe, l’essentiel est de vivre et se laisser porter, le reste n’est que littérature.
    Max-Louis

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