Venin

Esclave et déesse, drapée dans la soie, elle est la promesse du jour.
A pas feutrés, elle avance le long des alcôves, tête baissée. Du haut de sa couche, le maître des lieux la convoite, l’admire telle une nouvelle offrande céleste à son désir cannibale.
En s’approchant de lui, elle entend son râle, sent son odeur fétide, devine sa salive au creux de ses lèvre. Il ne la quitte pas des yeux.
Elle se donne à lui sans attendre. Mise à nue comme on pèle un fruit, les mains de l’homme pétrissent sa chair, dévore son corps. La haine enflamme ses entrailles.
Face à son silence, il jubile en riant fort. Il crie en jouissant comme un bœuf. Elle le tient.
Il la pense proie, elle se vit prédatrice.
Le jour se lève, enfin. D’un signe, il met un terme à ce rituel sordide.
Avant de quitter sa victime, elle se retourne et sourit devant ce corps endormi. Lentement, silencieusement, elle rejoint la meute des impatientes. Ses pas sont lourds, ses muscles mâchés, son sexe meurtri, mais son âme légère. Le venin qui coule désormais dans les veines de son geôlier est sa plus belle victoire. Son calice, nectar empoisonné, sa plus belle vengeance.

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13 commentaires

  1. Très captivant ce texte…Stimulant en tant que mâle !
    Parfois, le plaisir d’un instant est plus fort que celui de toute une vie, cependant, le résultat qui en écoule est violent, sournois, destructeur puis éphémère…
    Ce texte a une prolongation j’espére LOL…
    Bonne journée Emmanuelle.
    Tony

    J'aime

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